Consultation sur l'immigration au Québec (1998-2000) : témoignage de Thu-Hà Tô devant la Commission de la culture
Le 17 septembre 1997, Thu-Hà Tô (Les Consultants Evatec) témoigne devant la Commission de la culture de l'Assemblée nationale du Québec sur la rétention des immigrants investisseurs et entrepreneurs asiatiques — recommandations et échanges avec le ministre André Boisclair et le député Pierre-Étienne Laporte.
Source : Journal des débats de la Commission de la culture, Assemblée nationale du Québec — 35e législature, 2e session (25 mars 1996 au 21 octobre 1998). Le mercredi 17 septembre 1997, Vol. 35 N° 57. Consultation générale sur le document intitulé « L'immigration au Québec de 1998 à 2000 — Prévoir et planifier ». Audition : Les Consultants Evatec ltée.
Les Consultants Evatec ltée
Mme Tô (Thu-Hà) : Je vous remercie, M. le Président de la commission, M. le ministre, et tous les députés et les personnes présentes ici. Au nom de la communauté asiatique et plus spécifiquement des Chinois et des Coréens, j'aimerais vous remercier de m'avoir permis de participer aux audiences publiques concernant la planification et la prévision de l'immigration au Québec jusqu'à l'an 2000.
Mme Xu Chiao Ying est immigrante indépendante depuis un an au Québec. Elle a passé quatre ans en Finlande, c'est pour ça qu'elle parle le finlandais. Alors, si vous posez des questions en finlandais ou en chinois, elle sera en mesure de répondre. Ha, ha, ha ! Non, non, je n'ai pas fait exprès pour l'amener, c'est le hasard. Elle a deux beaux-frères qui sont des Chinois, en Chine, des hommes d'affaires d'envergure et qui ont l'intention d'investir au Québec. C'est pour ça qu'elle est venue me rencontrer pour me demander si j'ai de bons projets à leur proposer, parce qu'elle ne veut pas référer à n'importe qui pour ne pas se faire avoir.
Mon nom, c'est Thu-Hà Tô, comme M. le Président m'a présentée. Je suis consultante en matière de financement et d'investissement auprès des immigrants investisseurs et entrepreneurs asiatiques, notamment des Chinois et des Coréens. J'ai choisi d'œuvrer dans le bénévolat depuis les six dernières années et, pour être sûre que je ne manquerais pas mon coup et que je ne me fasse pas solliciter par tout le monde, j'ai fait un plan d'action qui s'appelle « Le développement économique par le partenariat multiethnique » et, moi, je changerais aujourd'hui par : le partenariat international.
Qu'est-ce que j'ai fait depuis ces six dernières années ? J'ai réalisé une trentaine de projets, des petits comme des grands. Peut-être pour souligner des projets qui ont été rapportés par les médias, électroniques ou audiovisuels : il y a le rendez-vous d'affaires de la Rive-Sud, de Brossard, et je l'ai fait avec le maire de Brossard, la SDE de la Rive-Sud, la Banque fédérale de développement, le cégep de Granby. Le Forum service à la clientèle ethnoculturelle est un organisme que j'ai fondé avec M. Claude Thibault. En 1994, j'ai écrit un article sur l'immigration qui résume un peu la toile de fond de mes argumentations. J'ai publié quelques articles et journaux, j'ai participé activement au Match Making international de Roussillon et, maintenant, je suis à plein temps comme consultante en financement et en investissement.
C'est quoi, l'entreprise Evatec ? C'est une entreprise de consultants en matière de commerce international en Asie, notamment en Chine, à Taïwan, au Viêt-nam, en Corée. Nous cherchons du financement et nous aidons les gens à faire des projets au Québec. Notre clientèle, comme je l'ai dit, ce sont des immigrants investisseurs et entrepreneurs asiatiques. Pourquoi ce dossier, la rétention des immigrants investisseurs et entrepreneurs ? Comme je ne suis pas employée à plein temps dans l'immigration, j'ai choisi une clientèle qui m'intéresse. À l'exemple du programme de rétention des multinationales présentes sur le territoire du Québec, mis de l'avant et créé par le ministère de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie (M. Marc St-Onge), je me suis inspirée de ça. Je m'intéresse à la rétention des immigrants investisseurs à cause de l'impact de cette clientèle pour le développement économique du Québec et le potentiel de création d'emplois dans le domaine de la haute technologie. Comme vous le savez, on a parlé de 1 000 000 000 $ créant 10 000 emplois pendant 10 ans. Pourquoi la haute technologie ? Parce que le Québec est riche en créativité dans le domaine de la haute technologie et dans les arts. Et surtout parce que je suis sensible à ce domaine et à tout ce qui touche l'industrie et la technologie, parce que j'ai un antécédent dans le domaine et de l'expérience.
Depuis le début de ma carrière au Québec, en 1973, j'ai travaillé chez SNC, U.S. Steel, chez le canadien Med-Chem, Hydro-Québec, Nouveler — c'est un holding financier en haute technologie — et M3i, une filiale en télécommunications, en financement de projets. J'ai travaillé dans des organismes, des activités commerciales avec les SDE, les banques, les municipalités, les grandes corporations, l'ONG et les compagnies privées. Je suis bénévole avec ces organismes pour aider les immigrants du point de vue de l'accueil, de l'adaptation et de l'intégration à la vie sociale, communautaire et économique.
Ce que j'ai vu comme problème commun à ce groupe d'immigrants, c'est qu'ils ont de la difficulté à s'établir au Québec et à y établir des entreprises à cause de conditions pas très favorables : difficulté d'apprentissage de la langue française à cause d'une culture et d'une langue très différentes, et aussi de leurs antécédents de colonialisme anglophone. Autre point : l'accès à l'information disponible — ce n'est pas le manque d'information, mais la difficulté d'accès. Enfin, l'absence des immigrants dans les institutions publiques et parapubliques. Pourquoi j'ai dit ces choses-là ? Parce que j'ai fait des entrevues, de façon systématique, auprès d'une cinquantaine d'immigrants investisseurs et entrepreneurs en 1991-1992 et j'ai constaté ces quatre éléments.
(16 h 10)
Les recommandations que j'ai formulées dans l'article publié en décembre 1994 dans la revue Impression sont encore valables aujourd'hui. J'ai écrit une lettre au ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, M. Boisclair, le 28 août, parce que j'ai eu la chance de le rencontrer dans une déclaration publique en rapport avec la Semaine de la citoyenneté du Québec. C'est une excellente initiative : d'un discours politique et d'une volonté politique, on est rendu à une adhésion au niveau ministériel en termes d'intégration interculturelle. Maintenant, je pense qu'il est temps qu'on descende au niveau de la population, parce que c'est là que ça va porter des fruits. Il y a des initiatives très locales, individuelles, mais ça ne suffit pas ; ça prend une action plus concertée, et il faut avoir l'approbation ou l'adhésion de la population du Québec pour que ça marche.
Je représente les gens que j'ai consultés, les 50 immigrants investisseurs, ainsi que 200 immigrants investisseurs que j'ai eus comme contacts ces dernières années, et des représentants officiels comme le Taiwan Trade Center (M. Léon Liu), l'ambassade de Chine (M. Hou Jin-Fa, premier secrétaire en économie et commercialisation), M. Carol Nadon (éditeur du Journal du commerce international) et M. Kang du Korean Trade Center — la délégation commerciale de la Corée. Et également beaucoup d'individus qui ne veulent pas que je dévoile leur nom, mais ce sont des leaders d'opinion.
Comme vous le savez, les investisseurs et entrepreneurs chinois immigrants apportent à la société québécoise des capitaux importants, des expériences de travail et de vie, des expertises dans divers domaines professionnels et scientifiques, en plus de leur connaissance du commerce international et de leurs réseaux d'affaires dans les pays d'Asie. Ils contribuent ainsi au développement économique et commercial du Québec dans le contexte de la mondialisation. Il ne faut pas oublier que les Chinois sont des commerçants nés d'Asie et qu'ils réussissent bien grâce à un réseau d'affaires très solide et très serré, tissé en Asie du Sud-Est, en Chine, à Hong-Kong, à Taïwan, mais également dans le monde. Pour réussir le commerce international en Asie, il faut s'associer, il faut faire une alliance stratégique avec les Chinois.
Les immigrants chinois sont très conscients et très respectueux de la culture et de la langue du Québec et ils font d'énormes efforts pour apprendre la langue française et s'adapter à la culture et à la façon de faire du pays d'accueil. Ils apprécient des valeurs comme la démocratie, la tolérance, la qualité de vie, les systèmes d'éducation et de santé, le respect des personnes en droit et en devoir, l'humanisme de la politique internationale du pays et également la haute technologie qu'ils cherchent à obtenir.
Ils font des efforts, mais rencontrent de grandes difficultés dans le processus d'adaptation et d'intégration à cause de l'accès à l'information disponible. C'est la raison pour laquelle il est important et nécessaire de manifester de la compréhension et de la compassion pour cette catégorie d'immigrants afin de faciliter leur décision de rester au Québec et de rentabiliser les investissements du Québec en matière d'accueil d'immigrants. Comme le ministre Boisclair l'a dit, l'intégration, ce n'est pas dans un sens, mais dans les deux sens.
L'analyse de la problématique a été décrite en détail dans l'article « Guichet unique et multilingue pour attirer des capitaux étrangers et créer de l'emploi », publié dans la revue Impression par le cégep du Vieux-Montréal en décembre 1994. Voici quelques recommandations relatives à la rétention des immigrants investisseurs et entrepreneurs chinois provenant de Taïwan, de Hong-Kong, de la Chine et de la Corée, selon mon expérience et ma consultation auprès des intervenants et leaders de cette clientèle depuis 1991 :
- Tenir compte de la compétition mondiale pour attirer les immigrants investisseurs et entrepreneurs qui apportent des capitaux importants au pays d'accueil pour la création d'emplois et la richesse collective. J'ai déjà eu des contacts avec des immigrants investisseurs qui possèdent 50 000 000 $ de richesse personnelle, et ce n'est pas quelque chose qui sort de l'ordinaire. Ils ont souvent la possibilité et la liberté de choisir le pays qui leur offre de bonnes conditions d'investissement, une qualité de vie et un bon système d'éducation pour leurs enfants.
- Reporter la date limite de décembre 1997 à décembre 1998 pour l'augmentation du montant de 350 000 $ à 450 000 $ que les immigrants investisseurs doivent déposer dans le fonds du programme immigrants investisseurs géré par les institutions financières du Québec et pour le bénéfice des PME. Mais je pense que, si vous en avez la possibilité, essayez de le maintenir à 350 000 $, parce que ça va décourager énormément de gens.
- Créer des programmes de maintien à l'implantation des entreprises au Québec pour les immigrants investisseurs et entrepreneurs qui rencontrent d'énormes difficultés dans cette démarche d'identification et de création d'entreprises, toujours à cause de l'accès (et non de la disponibilité) de l'information. Par exemple : le jumelage des gens d'affaires québécois et chinois, des mesures fiscales incitatives, le support aux organismes ONG comme Sino-Québec qui donnent du support d'accueil et d'intégration.
- Considérer les immigrants investisseurs avec un traitement différent en matière de langue pour leurs enfants d'âge adolescent pendant une période de deux à trois ans. Les adolescents qui rencontrent des difficultés scolaires à cause de la langue font d'énormes pressions sur les parents pour qu'ils déménagent vers l'Ouest, où la langue anglaise leur est déjà un peu familière. Ce traitement spécial aiderait à augmenter le taux de rétention et à soulager les écoles bondées.
- Créer des conditions favorables à la rétention des immigrants d'affaires, ou augmenter le nombre d'immigrants accueillis au Québec de 4 000 à 5 000 par année (orientation n° 1 que j'aimerais vous demander de reconsidérer), dans le but de rentabiliser les investissements du Québec dans l'accueil de cette catégorie d'immigrants.
- Être plus tolérant en matière d'adaptation envers les immigrants investisseurs et entrepreneurs chinois et asiatiques en allongeant la période de condition d'immigration de deux à trois ans. La période d'adaptation, présentement de deux ans, les préoccupe beaucoup et les pousse à faire seulement de la restauration et des dépanneurs — des ingénieurs et de grands industriels derrière les comptoirs de dépanneurs.
- Optimiser la proportion des immigrants connaissant le français à 70 % au lieu de 80 % (orientation n° 2), afin de donner un peu plus de chances aux immigrants investisseurs et entrepreneurs chinois qui apportent des réseaux d'affaires, de l'expérience, de l'expertise et des capitaux très importants dont l'économie du pays a besoin pour créer de l'emploi et aider nos PME à exporter ou à faire l'expansion de leur entreprise.
- Trouver des mesures incitatives afin de rendre la langue française plus attrayante et éviter des mesures trop contraignantes qui risquent de décourager les gens fortunés et indépendants, qui préfèrent déménager en silence ailleurs, dans l'Ouest, au lieu de contester les lois linguistiques. D'après la plupart des gens que j'ai consultés, il y a peut-être plus de la moitié des gens qui ont quitté le pays à cause de ça.
Les immigrants investisseurs et entrepreneurs méritent un traitement spécial et différent. En effet, ils sont différents des autres catégories d'immigrants, par exemple des réfugiés, qui n'ont souvent pas d'autre choix que de quitter leur pays pour éviter la mort ou des traitements inhumains. Étant donné la difficulté d'adaptation en matière de langue et l'apport financier important de cette catégorie d'immigrants pour le développement économique du Québec et du commerce international en Asie, au nom de la communauté asiatique chinoise et coréenne, j'aimerais demander de réviser quelques éléments de la loi sur l'immigration pour le bénéfice de la croissance économique du Québec. Je vous remercie énormément.
Échange avec le ministre André Boisclair
Le Président (M. Garon) : Merci, madame. M. le ministre.
M. Boisclair : Mesdames, je voudrais vous remercier pour votre contribution. Sur plusieurs points de vue, nous nous rejoignons. Je vous remercie d'abord pour les énergies que vous mettez au développement économique du Québec. Nous savons votre apport précieux et nous sommes à même d'estimer la contribution d'Evatec et de vous-même, personnellement, à la réussite du programme des immigrants investisseurs. Votre expérience vous permet d'identifier un certain nombre de zones d'ombre et de difficultés dans la gestion de ces programmes.
D'abord, pour la levée de condition des gens d'affaires, je suis d'avis que la période de deux ans est trop courte. Nous avons fait de nombreuses représentations en ce sens au gouvernement fédéral. Ce n'est pas réaliste de demander aux gens, dans une période de deux ans, de réaliser leur plan d'affaires. Je partage entièrement votre point de vue.
Quant à votre recommandation n° 2 sur l'élévation du plafond de 350 000 $ à 450 000 $, ce qu'il nous faut regarder, c'est de nous assurer que le Québec demeure concurrentiel. Il faut dénoncer ce système à double vitesse où certaines provinces se voient imposer 350 000 $ et d'autres 450 000 $. J'ai, à plusieurs reprises, réclamé du gouvernement fédéral qu'il revoie sa réglementation, d'autant plus qu'une révision du programme immigrants investisseurs a été annoncée.
Quant à votre recommandation n° 5 concernant la rétention des immigrants, c'est un défi que nous devons relever. Il faut être capable d'avoir de l'expertise pour transférer des connaissances à ces immigrants récemment arrivés, pour les informer des pratiques commerciales au Québec, des charges fiscales, de la façon d'obtenir une incorporation — des choses à la base de la réalisation d'un plan d'affaires. Vous l'appelez un guichet unique : oui, madame, un guichet unique. Nous allons agir dans ce sens. Je m'apprête à signer une entente avec des organismes qui travaillent au développement de l'entrepreneurship, dans le cadre d'un projet-pilote, particulièrement sur le territoire de l'île de Montréal.
Là où j'ai davantage de difficultés, c'est à l'orientation 7. Ma compréhension, c'est que la connaissance de la langue ne joue pas dans la sélection des gens d'affaires ni des immigrants investisseurs. Est-ce que vous…
Mme Tô (Thu-Hà) : Je vais m'expliquer. Je parle surtout pour les enfants ; il y a une petite erreur de rédaction. J'étais pressée. C'est surtout pour les adolescents : quand ils viennent au pays, à cause de la nouvelle loi scolaire, ils sont obligés de passer un test de français — une composition de 200 mots — et ils n'y arrivent pas. Ça bloque. Le problème se pose pour les gens qui sont ici un à deux ans avant d'aller au cégep ou à l'université.
M. Boisclair : Oui, je comprends que ce n'est pas pour les jeunes enfants qui s'apprêtent à rentrer…
Mme Tô (Thu-Hà) : Non, pour les enfants plus jeunes, il n'y a aucun problème, ça s'intègre très bien. Mais lorsque les enfants ont un à deux ans à faire à l'école, là, le problème se pose. Je vous donne l'exemple de Mme Fanny Fan, qui travaille au Centre Sino-Québec : elle parle un français très correct, le mandarin, le cantonais, et veut beaucoup rester. Mais son fils a de la difficulté à étudier et dit : « Maman, allons dans l'Ouest, j'ai trop de difficultés, je veux quitter. » Elle est tiraillée, et elle n'est pas unique.
M. Boisclair : Qu'est-ce qu'il faudrait faire ? Quel genre de services faudrait-il donner à cet enfant ?
Mme Tô (Thu-Hà) : Faire une exception à la règle pour les enfants des immigrants qui arrivent ici, sous forme de projet-pilote, sur deux ans, pour voir la réaction de la population d'accueil et travailler sur les bénéfices que ça rapporte au Québec.
M. Boisclair : Bien honnêtement, je ne pense pas qu'il nous faille un réseau public à double vitesse dépendant de la catégorie des gens. La responsabilité de l'État est de mettre sur pied un système public efficace et performant, tout en l'adaptant à certaines réalités. Ce que nous sommes à revoir, c'est la composition des classes de francisation, car apprendre le français est fort différent selon qu'on maîtrise ou non la graphie latine. Nous travaillons en partenariat avec des organismes communautaires, dont le Service d'aide à la famille chinoise, et je pense que ces jeunes pourraient être des partenaires intéressants. Récemment, le gouvernement a financé des camps d'été organisés en collaboration avec Mme Lam (Centre d'accueil à la famille chinoise) et Mme Alice Mah. Qu'en pensez-vous ?
Mme Tô (Thu-Hà) : Oui, c'est excellent, ça pourrait être un outil intéressant. Mais je me suis souvent fait répéter par les individus et même par les représentants officiels d'assouplir l'application de la langue pour les enfants.
M. Boisclair : Vous voulez dire la loi 101 et l'obligation de fréquenter l'école française ?
Mme Tô (Thu-Hà) : Oui, pour l'école française. Le libre choix, au moins pour un an ou deux, pour des gens qui ont des enfants sur le point de rentrer à l'université. Je sais que c'est très difficile et exigeant, mais c'est ce qu'eux me demandent.
M. Boisclair : Je vais être très clair, madame : le gouvernement ne peut acquiescer à ce point de vue. Il y a une règle claire pour tous : l'obligation de la fréquentation de l'école française pour les ordres primaire et secondaire. Toutefois, le gouvernement a apporté, suite au sommet socioéconomique, des assouplissements pour les travailleurs temporaires ici depuis moins de deux ans. C'est la porte que nous avons ouverte, mais nous n'irons pas au-delà.
Intervention du député Pierre-Étienne Laporte (Outremont)
M. Laporte : M. le Président, vous ne m'avez jamais entendu parler d'un consensus qui existerait entre le ministre et moi. Bon. Mme Tô, vous nous remettez un petit rapport qui, à mon humble avis, est à peu près ce que j'ai vu de mieux à date dans les rapports qui nous ont été présentés.
Mme Tô (Thu-Hà) : C'est un travail commun que j'ai rédigé après avoir consulté beaucoup de monde. Je ne suis pas la seule penseuse.
M. Laporte : Je vous remercie beaucoup de vos efforts, parce que ça fait ressortir des aspects du document qui sont cruciaux mais qui n'ont pas été, à mon avis, suffisamment mis en évidence. Il y a un aspect de votre présentation qui est extraordinaire : vous avez fait ressortir une idée fondamentale. C'est bien beau de dire qu'il faut avoir 4 000 immigrants investisseurs, peut-être 4 500 ou 5 000, mais vous avez mis le doigt sur un gros problème du point de vue de l'efficience et de l'efficacité du programme : l'accès à une information disponible. Comme on dit, l'information, c'est le pouvoir ; ça réduit le niveau d'incertitude. Or, cette information disponible dans l'appareil gouvernemental n'est pas suffisamment accessible à l'immigrant investisseur. Et l'une des raisons, c'est ce que je dis depuis des années : le gouvernement du Québec souffre d'un déficit majeur de la représentation ethnoculturelle. Il faudrait que nos ministères soient représentatifs de notre société, qu'on y retrouve des gens de toutes origines, de toutes cultures. Faites donc des recommandations au ministre à ce sujet.
Mme Tô (Thu-Hà) : Je suis très consciente qu'il y a une déficience à ce niveau-là. Il y a beaucoup de pionniers de l'interculturel et de l'internationalisme, et ceux qui ont une vision mondiale de l'économie sont peut-être plus ouverts. J'ai vécu dans ce milieu et rencontré beaucoup d'obstacles en tant que déléguée commerciale au service à la clientèle à Hydro-Québec. Je vous assure que ce n'est pas facile ; j'étais la seule à défendre ce dossier dans cette immense compagnie, et il y a des jours où j'ai eu envie de tout laisser tomber. Il faut une volonté de fer pour continuer. J'ai persisté pendant un an, puis j'ai fondé le Forum, en m'associant avec d'autres organismes comme Bell, Vidéotron, la ville de Montréal — un support extraordinaire — et le ministère de l'Immigration.
Je ne veux pas mettre de couleur politique dans mon dossier. Je travaille surtout pour la progression, pour le développement économique du Québec. Il faut amener la volonté des pionniers et la volonté politique pour l'inscrire dans une institution, comme on l'a fait pour la notion de Québec distinct. Il faut l'amener graduellement vers une diffusion et une adhésion de la population, car on ne peut pas être seul à la tête pour réaliser des choses aussi importantes.
M. Laporte : Vous comprenez bien que ce dont je fais le diagnostic, c'est plus un problème de société qu'un problème de ministère. Et je vous dirai : ne lâchez surtout pas, parce que, même si les résultats ne sont pas ce que vous souhaitez, le plaisir de le faire fait partie du processus.
Mme Tô (Thu-Hà) : Est-ce qu'on pourrait demander de faire acheminer une recommandation, un souhait, au ministre Landry (Industrie, Commerce, Science et Technologie), d'embaucher du personnel dans le corps ministériel ? Ceux qui sont au pupitre de la Chine, de la Corée ou du Liban : ce sont ces trois pupitres où il y a le plus d'investisseurs. Au moins, commencer par l'endroit où c'est le plus rentable. À la direction générale de l'investissement étranger, il n'y a même pas un Asiatique qui travaille. On parle de l'année de l'Asie-Pacifique, et je suis très surprise de voir qu'aucun ministère n'embauche de personnel pour travailler dans ces secteurs.
Le Président (M. Garon) : Alors, je remercie les représentants d'Evatec Consultants limitée de leur contribution aux travaux de cette commission.
Mme Tô (Thu-Hà) : Je vous remercie.
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